Duchamp a inventé le readymade… Ses suiveurs surfent sur la vague en jouant avec pièces uniques et séries limitées : le ridicule ne tue pas toujours.
Une roue de bicyclette fixée sur un tabouret de cuisine. Un porte-bouteilles. Un urinoir en porcelaine sanitaire. Quand Duchamp, en 1913, choisit ces objets qu’il propose en oeuvres qui ne sont pas de l’art, le concept du readymade n’existait pas. La définition tombera plus tard : objet manufacturé modifié ou non, promu au rang d’objet d’art par le seul choix de l’artiste. Marcel Duchamp s’en expliquera en 1961 en écrivant que ” le choix de (m)es readymades… était fondé sur une réaction d’indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou de mauvais goût… “.
Quand la jeune designer Meike van Schijndel signe, en 2008, pour la firme Bathroom Mania, un urinoir à bouche rouge baptisé Kisses, l’hommage est probant. Au jeu surréaliste des cadavres exquis, il n’est plus question d’indifférence visuelle, ou de bon et de mauvais goût, mais d’une sorte de création carburant au culot voire à la cuistrerie. Supplantant le mot design, estimé galvaudé, la notion de neo-readymade se pose en faux nez humant l’air du temps et se porte en mot-valise où le surréalisme joue les nécessaires à maquillage. Et à ce jeu des neo on tenterait bien le néologisme ” ridimèdes ” (à la précieuse ridicule) pour définir ce qu’on qualifia un jour d’OGM du design…




